Le fer forgé désigne au sens strict un métal mis en forme à chaud au marteau. Dans le commerce, le terme s'applique aussi à des grilles en acier soudé ornées de motifs fabriqués en série. Savoir lequel des trois vous avez change la façon de le réparer et de le peindre.
Trois réalités derrière un seul nom
Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le métal travaillé par les forgerons était un fer très pauvre en carbone, obtenu au bas fourneau puis par puddlage. Ce fer contient de fines inclusions de laitier alignées dans le sens du laminage, ce qui lui donne une structure fibreuse, un peu comme le bois. Il se forge et se soude à la forge facilement et résiste plutôt bien à la corrosion.
L'acier doux a ensuite remplacé ce matériau. Aujourd'hui, un ferronnier qui forge travaille de l'acier à faible teneur en carbone, chauffé et martelé selon les mêmes gestes. Le terme fer forgé reste légitime : la matière a changé, le procédé non.
Enfin, une grande partie de ce qui est vendu comme fer forgé est en réalité de la métallerie soudée : un cadre en tube ou en fer plat, des barreaux, et des éléments décoratifs estampés ou cintrés à froid en usine, puis soudés. L'aspect peut être plaisant, mais il s'agit d'un autre produit.
| Critère | Fer puddlé ancien | Acier forgé à la main | Acier soudé à motifs rapportés |
|---|---|---|---|
| Époque habituelle | Ouvrages anciens, avant le XXe siècle | Créations et restaurations actuelles | Production courante |
| Assemblages | Colliers, rivets, percés, soudure à la forge | Les mêmes, parfois complétés par la soudure | Cordons de soudure |
| Motifs | Tous légèrement différents | Proches mais non identiques | Strictement identiques, répétés |
| Corrosion typique | Rouille en feuillets qui suit les fibres | Rouille plus homogène | Rouille autour des soudures et dans les tubes |
| Réparation | Forgeron, méthodes d'origine | Forgeron ou métallier | Métallier |
Reconnaître ce que vous avez sous les yeux
Quelques observations suffisent souvent, sans outil particulier.
Regarder les jonctions
Un collier refermé autour de deux volutes, une tête de rivet ou un barreau qui traverse un autre par un trou renflé signalent un assemblage à chaud. Un bourrelet de métal fondu le long d'une jonction trahit une soudure à l'arc. Les deux peuvent coexister sur un ouvrage ancien réparé au fil du temps.
Comparer les motifs entre eux
Posez le regard sur trois volutes voisines. Si elles se superposent au millimètre, avec la même épaisseur et le même bout, elles sortent très probablement d'une machine. Si l'une s'enroule un peu plus serré ou finit plus fine, la main du forgeron est passée par là.
Observer la rouille et le poids
Sur un fer puddlé très corrodé, la rouille s'ouvre en lamelles parallèles, comme un bois qui se fend. Un portillon en tube creux sonne et pèse nettement moins qu'une grille en fers pleins. Une pièce creuse rouille de l'intérieur, ce qui change le diagnostic : une surface saine peut cacher une paroi amincie.
Entretenir un ouvrage en fer forgé
Le principe reste toujours le même : empêcher l'eau et l'oxygène d'atteindre le métal. La peinture n'est qu'une barrière, et une barrière fissurée laisse passer l'humidité qui travaille ensuite en dessous.
- Une fois par an, au printemps, lavez à l'eau savonneuse et à la brosse douce, puis rincez.
- Repérez les cloques, les éclats et les coulures orangées, surtout en partie basse et autour des scellements.
- Brossez les zones atteintes à la brosse métallique jusqu'au métal sain, dépoussiérez et dégraissez.
- Appliquez un primaire antirouille adapté au métal ferreux, puis deux couches de peinture de finition pour fer.
- Surveillez les gonds et les serrures : quelques gouttes d'huile ou un peu de graisse évitent qu'ils grippent.
Le traitement d'un ouvrage déjà fortement attaqué, avec convertisseur de rouille et diagnostic des cas où il vaut mieux décaper, est détaillé dans le guide pour rénover un portail rouillé.
Les finitions possibles et leurs conditions
La peinture au pinceau reste la solution la plus souple pour un ouvrage scellé que l'on ne veut pas démonter. Elle se retouche facilement, se fond dans l'existant et respecte les détails si elle est appliquée en couches fines.
Pour une pièce neuve ou démontée, la galvanisation à chaud puis une peinture par-dessus forment une protection très durable ; la page consacrée à la galvanisation à chaud de l'acier explique ce système dit duplex. Le thermolaquage donne un film régulier et résistant, mais il exige un décapage parfait, souvent par sablage, et un four assez grand pour la pièce. Sur un fer ancien fragile, demandez à l'artisan si le sablage ne risque pas d'attaquer les parties les plus fines.
Quand appeler un professionnel
Un barreau fendu, un scellement qui fait éclater la pierre, une lisse qui ne porte plus ou un portail qui s'affaisse dépassent l'entretien courant. Un forgeron saura traiter un ouvrage ancien avec ses propres méthodes ; un métallier conviendra pour une grille soudée récente. Pour les volutes, les rinceaux et la restauration d'ensemble, voyez le guide de la ferronnerie d'art et de la restauration, et pour les autres ouvrages de la même famille, la rubrique ferronnerie, grilles et balcons.
Décrivez précisément l'ouvrage quand vous demandez une intervention : dimensions, nature des assemblages que vous avez observés, état de la peinture, présence de pièces creuses. Une photographie d'ensemble et trois ou quatre vues rapprochées permettent à l'artisan de se faire une première idée avant de se déplacer.
À retenir
- Le fer forgé au sens propre est mis en forme à chaud ; beaucoup de grilles vendues sous ce nom sont soudées avec des motifs industriels.
- Les jonctions, la régularité des motifs et l'aspect de la rouille suffisent souvent à identifier l'ouvrage.
- Un lavage annuel et des retouches précoces évitent la plupart des grosses rénovations.
- Un ouvrage ancien se répare de préférence avec ses techniques d'origine.